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vendredi 25 mai 2018

"Les idées plus noires que l'encre" - V.Tréfex & R.Gauthier

Nouveau livre, selon la tradition revisitée du roman graphique noir :
long poème et images
l'ensemble sérigraphié et relié à la main.

http://editions.solstices-project.com/home/28-animotsanimals.html 








jeudi 22 mars 2018

Les cahiers Solstices : Antonin Artaud | Appel à contribution

Numéro consacré à Antonin Artaud

Plus d'informations sur la page des éditions Solstices :
   
http://editions.solstices-project.com/content/9-cahiers-solstices
   
(merci de diffuser)
 

dimanche 15 mai 2016

Postface pour "Verlaine" de Laurent Tailhade (éditions Solstices)

Publié aux éditions Solstices, le texte de Tailhade sur Verlaine est un régal pour l'amateur de littérature "fin de siècle".

http://editions.solstices-project.com/home/27-verlaine-laurent-tailhade.html

Nous avons eu le plaisir d'en rédiger la postface suivante.

 


S'il fut poète, marqué par l'élégance du Parnasse qu'il condamne pourtant ici, c'est surtout en tant que polémiste et pamphlétaire qu'on se rappelle de Laurent Tailhade. C'est qu'il est aussi une figure importante du panthéon anarchiste, dont les adeptes transmettent passionnément la mémoire et les légendes. Son intransigeance rare fut sans défaut. Il fit de la prison pour provocation au meurtre, entre octobre 1901 et février 1902, après avoir écrit un article dans Le Libertaire sur Nicolas II en visite à Paris... Mais on aime surtout rappeler un épisode terrible de sa vie survenu plus tôt, en 1894. Alors qu'il dînait au restaurant Foyot, il fut victime d'un attentat anarchiste à la suite duquel il perdit un œil. Mais cette mésaventure n'entama pas le moins du monde ses convictions : il ne cessait de faire l'apologie de la violence, comme l'expression la plus pure, la moins morale, c'est-à-dire la moins contrainte par l'hypocrisie de la société, de l'énergie de l'individu. Il ne renia pas des convictions qui lui faisaient proclamer, le soir de l'attentat de Vaillant, en 1883 : « Qu'importent les victimes, si le geste est beau ! Qu'importe la mort de vagues humanités, si par elle s'affirme l'individu ! » Certainement il ne faut pas voir dans ces paroles le triomphe du cynisme, mais bien plutôt une limpide conception – qui touche à la vision – de l'absurdité de la vie, de l'absurdité de l'humanité, où seule l'expression viscérale – le cri des viscères – pouvait manifester l'existence particulière.
On retrouve ces trois grandes tendances dans Verlaine : la satire, la pureté, la mort. La satire en tant que virulence et violence ; la pureté en tant que forme dépouillée de tout artifice (la « Beauté » plus que le « Néant ») ; la mort, enfin, qui innerve ce texte et rejaillit ici et là avec mélancolie, parfois même avec une tendresse étonnante. C'est sans doute ce sentiment de la mort qui viendra finalement polir une fureur qui l'avait si longtemps fait vivre, et qui, comme chez d'autres, devait se muer, dans la dernière décennie de sa vie, en une foi qui, malgré tout, entame in extremis cette légendaire intransigeance...
Né le 16 avril 1854 à Tarbes, mort le 2 novembre 1919 à Combs-la-ville, il avait subi le joug de sa famille de magistrats conservateurs, épousé une femme et attendu sa mort avant de mener la vie de bohème à Paris. Travailleur acharné, duelliste inlassable, provocateur tout aussi infatigable, écrivain et journaliste prolixe qui prit le temps de traduire Le Sartyricon de Pétrone en 1902, puis les Trois Comédies en 1905 et La Farce de la marmite en 1909 de Plaute, il avait été dreyfusard, proche de Zola qui le défendit, au nom de la liberté d'expression, quand il avait appelé au meurtre du tzar et dont il prononce le panégyrique lors de ses funérailles. Par cette foi in extremis, par son anarchisme, par son goût du latin et du duel, il fut pleinement un homme fin-de-siècle. Et Verlaine est surtout la peinture de ce monde littéraire fin-de-siècle. Tableaux de la vie littéraire sous les augures de Verlaine qui sont aussi ses mémoires. Témoin direct ayant fréquenté pendant trente ans la plupart des protagonistes ayant séjourné à Paris, nous rencontrons, outre les grands noms (Rachilde, Mallarmé, Moréas, Leconte de Lisle, Sully-Prudhomme, France, Montesquiou, Coppée ou encore le triste Maurras), les figures dites mineures de cette époque que l'on aime actuellement faire revivre : Ernest Raynaud, Rodo (à qui il dédie Quelques Fantômes de jadis), Émile Goudeau, Marie Krysinska, Gustave Kahn, Rollinat, Rodolphe Salis, Anatole Baju, Fernand Icres, Léon Cladel, Edmond Haraucourt, Mac-Nab, Emmanuel Signoret, Mathias Morhardt, Édouard Rod, Henri Cazalis, Charles Vignier, Rodolphe Darzens, Louis Veuillot, Marguerite Burnat-Provins, Alfred Vallette, Gabriel Vicaire, Marcel Legay, Pierre Quillard, Édouard Dubus, Gabriel Aurier, Albert Samain... Il rend toute son importance – non sans une ironie amicale – à Marie Krysinska, « la verseuse de Chopin », qui fut avec Gustave Kahn, l'inventrice du vers libre, et auprès de qui «  Rollinat avait appris à méditer sur la fragilité de l'humaine plasmature ». Il rend hommage à ses amis comme à ses ennemis en leur faisant le cadeau d'un portrait-charge, d'une remarque ironique, d'une simple occurrence. La satire est comique, la critique, si elle est parfois cinglante, est la plupart du temps savoureuse, et amicale, et l'humour, franc ou noir (comme lorsqu'il évoque le « petit cénacle des Hydropathes ou buveurs d'eau, fondé par Émile Goudeau, qui mourut alcoolique »), l'emporte sur la diatribe.
Ironie, critique acerbe, humour, et enfin mélancolie prégnante. L'évocation du temps qui passe marque le texte d'une tristesse insolite. Ainsi, les allusions à Édouard Dubus et de Gabriel Aurier, morts trop jeunes, et la commémoration d'Albert Samain, poète aujourd'hui à peu près oublié et qui revient chez Tailhade avec insistance, cristallisent cette perte inéluctable de la vitalité en tant qu'énergie. « Il mourut jeune, à quarante-deux ans, aimé des Dieux, sans doute, puisqu'un baiser de la Gloire vint fermer ses paupières et qu'il n'eut pas la douleur de survivre aux rimes en fleurs de ses vingt ans. » Albert Samain est l'une des rares figures épargnée par l'ironie systématique du polémiste. Il symbolise une pureté presque religieuse.
Car si les marques de cette conversion finale de Laurent Tailhade reste, dans ce texte, discrète, nous en relevons cependant des traces à la fois dans la tonalité (notamment l'envolée finale) et plus sûrement encore à travers deux références : Louis Veuillot, catholique engagé, et Antoine de Rivarol, royaliste. Elle n'entame pas son anarchisme qui devient, comme chez Tolstoï, un anarchisme chrétien.
Il y a tout dans ce texte : du phrasé abondant fin-de-siècle, qu'on aime dénigrer aujourd'hui en public, mais dont on s'encanaille en privé, au mépris des conventions littéraires, le comique et le pathétique, le majeur et le mineur, le cruel et le tendre, l'anarchie et l'éveil à une spiritualité religieuse. La haine de l'hypocrisie est restée constante chez l'auteur de Imbéciles et gredins (1900), et le mot « bourgeois », qu'il appelle « mufle » (Au pays du mufle, 1901), cristallise toutes les attaques. Mais il échappe aux généralités vides en stigmatisant des comportements bien précis. On ne le dit pas assez : Tailhade, en plus d'être pamphlétaire et polémiste, et même avant cela, est un vrai moraliste. C'est un moraliste de la fin du XIXe siècle, qui aime donner une forme directe, franche et concrète à ses remarques, un moraliste qui s'intéresse à l'ordre des représentations, et qui s'amuse à le renverser : « Mais l'animadversion des pleutres, la haine des lâches et des imbéciles, tant de mensonges accumulés grandissaient encore à nos yeux ce revenant de la douleur et de l'exil » dit-il pour Verlaine.
Car c'est, enfin, tout de même, un hommage du disciple au maître disparu. La présence de Paul Verlaine est presque furtive, mais elle est tutélaire. Le « maître » survole tout le texte et lui donne un sens esthétique et un sens ontologique : Verlaine est, « sans distinction de parti ou de doctrine, épris d'un art si neuf, de ce lyrisme ardent et pur ». Il ne s'agit pas simplement d'admiration, mais d'une véritable vénération : « Paul Verlaine, le plus grand poète du XIXe siècle, sans excepter Victor Hugo ! » Pour Tailhade, le XIXe siècle est le siècle de Paul Verlaine. Bien avant Antoine Adam par exemple, et de manière beaucoup plus concise, Tailhade propose une image claire et précise de qui était Verlaine et de ce qu'il représente : « Nul être humain ne fut, plus que Verlaine, spécialisé dans sa fonction. Ce fut un poète, et rien de plus. Ronsard, Victor Hugo, Jean Racine mêlent à leurs dons lyriques d'admirables facultés oratoires. Ce sont de merveilleux rhéteurs, d'incomparables avocats. Verlaine est tout en cris, en effusions passionnées. Il délire, il se meurt, il se pâme, transverbéré d’amour. / Poète admirable et spontané, il n'a que faire d'un travail soutenu. On l'imagine malaisément assis devant sa table, à des heures méthodiques, et reprenant le lendemain sa tâche de la veille. / La bohème, le désordre, la godaille populacière étaient le milieu propice à son génie. Il vivait naturellement parmi la crapule et trouvait, à l'assommoir, ses grâces les plus tendres, ses rythmes les plus purs. Il écrivait Green et couchait dans le ruisseau. Ce lys, naturellement, prospérait dans le fumier. » Rien que cette intelligence – cette richesse et cette délicatesse dans la nuance, ce regard vigoureux et implacable, feraient déjà de Tailhade un écrivain incontournable.

jeudi 4 février 2016

Amelia Rosselli ~ Journal obtus | Diario Ottuso || Esperimenti narrativi | Expériences narratives

Nous proposons ici une traduction inédite
de la dernière partie de Diario Ottuso (Journal Obtus)
publié en 1990 par Amelia Rosselli
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Il s'agit d'un des textes théoriques majeurs de la poétesse italienne.
Il a été publié dans le numéro spécial de la revue multilingue Scree
paru à l'occasion de la commération des 20 ans de la mort de Rosselli.
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D'autres extraits importants de Diario Ottuso / Journal Obtus sont accessibles à l'adresse suivante :
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Esperimenti narrativi | Expériences narratives 

Comparer différentes proses courtes, de différentes époques – alors qu'au contraire l'attention était portée surtout sur l'écriture de poèmes – a été l'intention de ce livre.
« Premières proses italiennes » est un texte court de 1954, et a un titre un tantinet ironique. Mais il s'agissait vraiment de la première fois que j'écrivais en italien, en prose non scientifique ou simplement non fictionnelle et rationnelle. Et il y avait aussi l'intention d'éviter la prose poétique, et l'influence, entre autres, de Dino Campana était forte. Le texte est bref, en quelque sorte inspiré : et il a été inspiré, justement, par le Tibre, près duquel je vivais. En partie il a été écrit hors de chez moi, en marchant, et donc écrit à la main ; ou alors c'étaient des notes que je prenais mentalement et ensuite je retranscrivais cette écriture mentale, une fois chez moi. Je crois pourtant d'être parvenue, il y a très longtemps en 1954, à éviter (comme la peste), la typique écriture dite « prose poétique », si commune à l'époque. Ce texte voudrait avoir la tendreté de la poésie de Scipione, et ainsi éviter le dramatique Campana.
Naturellement il s'agit d'une réimpression, le texte est extrait du livre Premiers écrits (1952-1963) publié chez Guanda en 1980.
Pour « Note », publié à la fin des années soixante-dix dans le revue « Autobus » n.0/1, dirigée par Giorgio Manacorda, les dates et les intentions sont moins simples. Ce sont des textes écrits à moitié à la main, et l'autre à la machine, et avec une intention peu claire : on le voit aux dates (1/1/67 ; 25/3/67 ; 12/1/68 ; 30/12/68). En obtenant cependant – à travers cette pratique de la prose, en écrivant dans le train, ou assise dans un café esseulé, ou au contraire devant la machine à écrire – une unité involontaire. En fait quelques passages, d'environ une page et demi presque tous les cinq (et cela par hasard), étaient autre chose qu'une pratique de l'écriture, notes retranscrites dans des lieux différents et à des époques parfois lointaines. C'est une prose difficile, intérieure autant que la poésie, mais qui voudrait refléter comme un miroir incurvé, le rationnel. Je l'ai lue en public une fois, au lieu de lire des poèmes et l'attention était peut-être plus importante. Les cinq passages furent ensuite choisis par Spagnoletti, comme prose errante dans le livre qu'il a édité, Antologia Poetica (Garzanti 1987).
Dans un sombre automne-hiver de la pensée, j'écrivis Journal obtus, qui est de 1968, et que j'aurais voulu être le début d'une autobiographie possiblement très peu biographique. Je tentai un style brut et simple, plus tard appelé « sauvage ». Le premier chapitre devient ensuite une espèce de mini-roman, parce que la conclusion était plutôt sur un ton philosophique, et qu'elle me paraissait douloureusement suffisante. Ayant évité l'autobiographie, autant qu'il était possible alors en poésie, ce texte « pauvre » en revanche l'admettait, avec quelques coupures, pour ne pas laisser reconnaissable d'idéals « maîtres », d'idéal « frère », et d'« ambiance culturelle » romaine. Pour le reste le titre et le texte parlent d'une adolescence difficile et tardive ; d'où le style un peu ridicule, et les conclusions négatives.
Journal obtus je le gardais jusqu'à sa publication sur la jolie et petite revue romaine « Braci » n.7 (1980), comme mon seul texte intime et que je n'ai pas encore tout à fait compris.
Des trois textes est évident que ce qui m'attirait était l'expérimentation en prose : il est également vrai et probable qu'on dit davantage en prose qu'en poésie, souvent maniériste et décorative.

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lundi 1 février 2016

Amelia Rosselli 1930-1996 | 20 ans | Anthologie

À l'occasion des 20 ans de la disparition de la poétesse italienne Amelia Rosselli (1930-1996), les éditions Solstices publient un numéro spécial de la revue multilingue de poésie "Scree".

Nous publierons tout le mois des traductions et des textes, souvent inédits en France, d'Amelia Rosselli.

Ils sont aussi accessibles à l'adresse suivante : www.rodolphe-gauthier.com/amelia-rosselli.php

lundi 4 janvier 2016

Amelia Rosselli ~ Hommage pour les 20 ans de sa disparition


À l'occasion en février des vingt années de la disparition tragique d'Amelia Rosselli (1930-1996),
Les éditions Solstices préparent un numéro spécial de la revue en ligne Scree à sa mémoire.
Extraits (dont des inédits en français), témoignages, photographies, poèmes en guise d'hommages, seront au sommaire.
Si vous voulez participer, à votre manière, à cette célébration,
merci de nous envoyer vos propositions avant le 15 janvier 2016.
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In occasione del ventennale della tragica scomparsa di Amelia Rosselli (1930-1996),
nel mese di febbraio Les éditions Solstices preparano un numero speciale della rivista on line Scree dedicato alla sua memoria.
Nel sommario figureranno estratti (alcuni inediti in francese), testimonianze, fotografie, poesie in suo omaggio.
Se volete partecipare con un vostro contributo a questa celebrazione,
vi preghiamo di inviare le vostre proposte entro il 15 Gennaio 2016.

jeudi 11 juin 2015

Poésie : call for submissions / appel à contribution


Appel à contribution sur le thème des "fatrasies" : nonsense, glossolalies, poésie expérimentale...
Call for submissions !

dimanche 26 avril 2015

"Les Déliquescences d'Adoré Floupette" de Henri Beauclair et Gabriel Vicaire - postface pour les éditions Solstices

(postface rédigée pour l'édition électronique disponible

          Mermeix (Gabriel Terrail, 1959-1930) est le seul journaliste à être tombé dans le piège : supercherie ou pastiche littéraire, recueil satyrique et petit bijou de la littérature fin-de-siècle, Les Déliquescences d'Adoré Floupette sont peu connues, et lues en conséquence. Gabriel Vicaire et Henri Beauclair ne sont que des inconnus. Pourtant l'opus a été publié régulièrement depuis les deux parutions de 1885 (la Vie par Marius Tapora apparaît dans la deuxième) par Léon Vanné, renommé pour l'occasion Lion Vanné et domicilié à « Byzance ». Nous sommes heureux de donner de ce texte enfin, grâce aux éditions Solstices, une version soignée et économique.
             Lues par personne, ou si peu ? Ce serait un tort tant la caricature est drôle. Le lecteur confirmera sûrement : c'est hilarant et jubilatoire.
            Si, grâce au retour d'un mysticisme New Age (moins par la littérature que par la musique – du rock de Led Zeppelin à la vague New Wave des années 80 – et la télévision), le mouvement Symboliste (et surtout la peinture) a retrouvé auprès du grand public un succès extraordinaire, c'est un avec des accents un peu trop sérieux ; or il ne faut pas oublier que la fin-de-siècle, de Tritan Corbière à Alphonse Allais, du Sonnet du trou du cul aux Morales légendaires, a toujours prisé l'humour. Ce qu'avait relevé en son temps André Breton. Humour potache ou noir, ou jaune, humour de pince-sans-rire, humour désabusé, humour irrévérencieux. On connaît les Zutistes, les Je-m'en-foutistes, les Hirsutes ou encore les Hydropathes de Léo Trézenik qui juraient de ne jamais boire d'eau. C'est – Daniel Grojnowski y a consacré un livre – l'esprit fumiste. « Une fumisterie, précise justement Gabriel Vicaire à Adrien Remacle, mais je la crois amusante. » Les fumistes, c'est l'un d'eux, le grand Sapek, à avoir enfourné une pipe dans le bec de la Joconde, bien avant que Duchamp ne la traite de chaudasse. Et c'est encore l'un d'eux, mais avec déjà un peu de conservatisme, Dorgelès (l'auteur de Croix, qui aura en 1918 le prix Goncourt en même temps que Proust : il faut bien flatter un peu le nationalisme français...) qui montera une autre supercherie, picturale cette fois, en exposant la toile de l'âne du père Frédé (Frédéric Gérard), propriétaire du Lapin Agile à Montmartre, sous le nom de Joachim-Raphaël Boronali (anagramme d'Aliboron, nom commun des ânes dans les fables), accompagnée d'un manifeste de « l'excessivisme », au Salon des Indépendants de 1910. Il y a déjà du dada dans tout cela.
           Cet humour fumiste n'est pas dépourvu (comme tout humour du reste) d'angoisse. Il va de pair avec les interrogations les plus anxieuses, avec la perte de repères, de sacré, de Vérité, dont les avenants et les aboutissants sont étudiées par les « maîtres du doute », Nietzsche, Marx et Freud, mais aussi par Schopenhauer, Kierkegaard, Bergson et tant d'autres. En poésie, on se souvient de Jules Laforgue, le Pierrot des Complaintes. Willette aussi, au Chat noir, aime ces Pierrots tristes qui oscillent entre rêve et cauchemar, spleen et idéal. Car l'angoisse ontologique, métaphysique, ou même simplement éthique (notre place dans la société) est au cœur des interrogations de cette fin de siècle démocratique. C'est quand on n'a plus rien à perdre, quand l'idéal – l'idée d'idéal – s'écroule que les éclats de rire – absurdes, gratuits, cyniques (au sens philosophique du terme) ou encore révoltés (c'est la grande époque de l'anarchie) – viennent accompagner les chocs des verres dans les tavernes. La société, dans ces trente années de la fin du XIXe siècle, change comme elle n'avait pas changé depuis la fin du siècle précédent. Entre révolutions industrielles et exodes rurales, le gouvernement enregistre les modifications structurelles et morales.
         Adoré Floupette peut paraître ridicule, parce qu'il est inconstant, sans idées personnelles, qu'il suit les modes. Parce qu'il est instable, Adoré Floupette est un enfant du siècle. Mais s'il est ridicule, ce n'est pas pour cela, mais pour autre chose : c'est qu'il ne retient pas la leçon. Aucun des maîtres qu'il pourra se donner ne consolera sa tristesse métaphysique, ne comblera son vide ontologique. Toutes les eaux coulent, et rien ne pourra jamais fixer l'apparence des choses. S'il est ridicule, c'est qu'il croit – qu'il veut croire – qu'il y a derrière l'apparence des choses une vérité immuable. C'est cela que dénonce, peut-être même sans en avoir pleine conscience, Gabriel Vicaire et Henri Beauclair. C'est déjà une attaque anti-platonicienne avec l'arme préférée de Socrate : l'ironie. Mais, dans son obstination, dans ses efforts continus, dans son énergie et sa constance à vouloir échapper au fatalisme socio-culturel, Adoré Floupette n'a rien de ridicule. Contrairement à son ami Marius Tapora, resté dans sa petite ville de Province, devenu pharmacien de deuxième classe (profession qui hante le siècle), petit notable et petit bourgeois. Ce que ne lui reproche à aucun moment Adoré Floupette qui, bien loin de mépriser son ami, cherche à lui faire partager les avantages qu'il a acquis, lui faire rencontrer les grands maîtres contemporains, le faire entrer dans les salons les plus en vue du Paris littéraire. Ce livre, composé essentiellement de la Vie d'Adoré Floupette, est aussi le livre d'une amitié. Les deux hommes sont un peu les Bouvard et Pécuchet de la poésie.
             Tout en brossant une fresque de cette aventure, cette épopée poétique du XIXe siècle, Gabriel Vicaire, auteur de la Vie1, retrace non seulement le parcours initiatique d'un provincial qui, par la littérature, cherche à échapper à un avenir tout tracé (comme l'ouvrier qui se fait medium et artiste, ou comme Bloch dans La Recherche), mais aussi les grands jalons littéraires du siècle vus par un auteur. Adoré Floupette, par ses goûts, n'est pas un idiot, encore moins un conservateur. Alors qu'il a 15 ou 16 ans, il critique vertement les Romantiques, ce que faisait Rimbaud au même âge dans sa fameuse Lettre du Voyant (la référence est explicite). Ici, comme chez Rimbaud, les Parnassiens sont encore considérés comme des « romantiques », des suiveurs de Hugo, et les symbolistes sont nommés les « Nouveaux parnassiens » (ceux de la « deuxième école », dit Rimbaud). « Il faut absolument être moderne », écrivait le poète de Charleville.
           Puis suit le tableau drolatique des salons : drogues, satanisme(s), grisettes, cour des miracles fin-de-siècle, évocation de Sade, de Schopenhauer bien sûr, dérision et moquerie douce, où perce parfois un peu d'amertume. On peut reconnaître ici ou là un auteur, un peintre (Odilon Redon est assurément Pancrace Buret). Mais si tout le monde en prend pour son grade dans la petite « vie littéraire », les poèmes semblent parodier deux poètes en particulier, tout deux cités : Verlaine et Mallarmé. « Il ne semble pas que les maîtres pastichés aient gardé rancune aux auteurs des Déliquescences. Verlaine – le Bleucoton de la Vie d'Adoré Flouquette, malgré l'apparente hostilité que pouvait révéler leur plaquette, écrivait, peu après sa parution, un éloge du ''bon poète Vicaire'' et ajoutait :''L'homme, en Vicaire, est bien le frère du poète. Rondeur fine et malicieuse, belle humeur sans tumulte et mélancolie suffisante, un souci du naturel et de la bonne, de la vraie simplicité, celle des grands classiques anciens et modernes avec un goût exquis du terroir... J'ai le bonheur de le connaître d'assez longue date et m'applaudis de plus en pus d'être de son intimité'' » (G. Delatramblais, Un chef-d’œuvre du pastiche, 1924). En 1889, Verlaine écrira lui-même des À la manière de Verlaine dans Parallèlement.
           Ce livre, publié chez le grand Léon Vanier, est un livre hors-genre, hors-norme, roman-poésie, puisqu'il n'est pas seulement recueil (ou il l'est si peu), mais surtout récit. Peinture du monde littéraire, et de manière assez réussie, récit de l'enfance provinciale, des postures littéraires qu'on adopte au lycée, des aspirations et des désillusions de cette adolescence artistique. L'enfance est un thème privilégié du décadentisme et de la fin du siècle. Nostalgie, humour. Mélancolie qui affleure. Lente perte de l'innocence et entrée progressive dans le monde social (alors que l'on croit y échapper). La vie d'Adoré Floupette est sans conteste un chef d’œuvre de la littérature.
Texte protéiforme donc : à la fois résumé d'histoire littéraire, caricature, satire, pastiche, avec des jeux poétiques qui annoncent Toulé (Finale), mais aussi bien sûr – du coup – manifeste, dont la modernité des tableaux et des définitions étonne parfois : «  Une attaque de nerfs sur du papier ! voilà l'écriture moderne ». C'est cette littérature encore largement méconnue, et géniale, que nous continuerons à mettre en avant avec cette collection Fin-de-siècle des éditions Solstices.

Biographies


Henri Beauclair (1860-1919)
Henri Beauclair naît à Lisieux le 21 décembre 1860 et meurt à Paris le 11 mai 1919. Poète, romancier, journaliste, il cosigna un certain nombre d’œuvres avec Gabriel Vicaire, dont les fameuses Déliquescences d'Adoré Floupette (1885).
Il collabora à de nombreux journaux de l'époque (Lutèce, Le Chat noir, Le Procope, etc) avant de devenir rédacteur en chef du quotidien Le Petit journal de 1906 à 1914.
On lui doit les recueils : L'Éternelle chanson, triolets (1884), Les Horizontales (1885), Pentecôte (1886), ainsi que les romans Le Pantalon de Madame Desnou (1886), La Ferme à Goron (1888), Tapis vert (1897).
Son talent de satiriste se retrouvera dans Une heure chez M.Barrès par un faux Renan (1890).


Gabriel Vicaire (1848-1900)
Gabriel Vicaire naît le 25 janvier 1848 à Belfort et meurt le 24 septembre 1900 à Paris. Après des études au lycée de Bourg-en-Bresse (1860-4), il obtient son baccalauréat à Lyon en 1865, et fait des études de droit.
Son recueil, Émaux Bressans, paraît en 1884 et lui valent un grand succès public.
On trouvera également Le Livre de la Partie (1882), L'Heure enchantée (1890), Au Bois joli (1894), Le Clos des Fées (1897), Le Sortilège ou Mary Morgane (1897).

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1 Henri Beauclair, plus connu que son ami, précise leurs rôles dans une lettre adressée à Trézenik et insérée dans Lutèce du 23 août 1885 : « J'ai, tout au plus, pour la vie de Floupette, donné à Tapora quelques documents fantaisistes sur le « Panier Fleuri » et ses habitués. C'est Vicaire qui a écrit cette biographie. Ceci n'aurait pas une grande importance – étant donné que tout le monde sait à quoi s'en tenir — si Lutèce n'était pas une source de renseignements pour les érudits futurs, et ceux qui s'intéresseront à Floupette et à Tapora, plus tard, doivent connaître les pères de ces personnages. » 

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Ce texte est disponbile parmi d'autres à cette adresse :
 

mercredi 28 janvier 2015

"Scree", revue poétique, n°1 (janvier 2015)

Premier numéro de la revue de poésie "Scree" (janvier 2015)
publiée par Les éditions Solstices
46p., A5, format électronique, bientôt en ebook, et pourquoi pas en papier !
Camillo di Maria
Joseph Massey
Amelia Rosselli
Eugénio de Andrade
et moi-même...