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dimanche 25 novembre 2018

Note de consommation culturelle (25 nov 18)

Continué à lire, hier, Prismes d’Adorno. Le premier article « Critique de la culture et de la société » est sans doute un des textes les plus éclairants sur la situation européenne contemporaine. « Splengler après le déclin » est non moins passionnant. Mais j’en dirai autre chose ailleurs.



Ai continué, hier aussi, Daoud Kamel. Pénible.



Pour ne pas rester sur cette mauvaise impression, j’ai lu, avant de sombrer, L’Art d’aimer de Pierre-Joseph Bernard. Poète du XVIIIe obscur. C’est léger mais pas vide.

Je me renseigne. Voltaire, sans ironie peut-être (ce qui paraît tout de même douteux), qui l’aimait bien, dit-on, lui donna le surnom de Gentil-Bernard qui lui vaut presque de pseudonyme. Après une jeunesse modeste, entre guerre et rimailles, il devint riche et s’abandonna, lis-je, à la bonne chère. À tel point qu’il en devînt gâteux et en mourut. Belle destinée.



Avant cela, j’ai regardé Come back Africa de Lionel Rogosin.

Un de ces films dont on se dit que tout le monde devrait le voir.

Un peu comme Storia d’amore e d’anarchia de Lina Wertmüller (à moins qu’on ne le souhaite que pour nos amis), ou encore la plupart des films de Fassbinder (on voudrait que tout le monde – nos amis – voit Berlin Alexanderplatz). Et d’autres qu’il est difficile de mobiliser sur l’instant.

En tout cas, c’est pour cette raison qu’il me tient à cœur de le citer dans ce journal qui devait porter, originellement, sur mes lectures, mais que je sens devoir porter sur toutes les formes de création qui m’occupent, ou, s’il faut le dire avec les termes de la société, toutes les productions « culturelles » qui me parviennent.
Je pense au livre de Martin Rueff, Michel Deguy, situation d'un poète lyrique à l'apogée du capitalisme culturel. Tout le problème est là. Décortiqué chez Adorno.



Ainsi, il faudrait aussi que j’évoque toute la musique que j’écoute. Mais n’est-ce pas alors tomber dans le vice ou la névrose de la volonté de complétude ? Qui s’ouvre comme un gouffre et un grand vide ?

Charpentier.

Mais surtout Berio. Les sequenze de Berio. Dont fut proche Amelia Rosselli. Oubliées depuis quinze ans peut-être. Comment ai-je pu oublier cela ? Qu’as-tu fait de ta jeunesse si tu as oublié cela ?

Et puis, dans la foulée d’une écoute hasardeuse, les Folk Songs (si connues), puis John Cage (In a landscape, morceau trop doucereux).

Je vois défiler des noms d'une vie engouffrée. Schnittke. Découvert en butinant par hasard dans le bac de la musique contemporaine d'une médiathèque – avant Internet. Schnittke qui enfonçait dans la nuit la plus noire. Sans oser le réécouter, quinze, dix-sept ans plus tard. Je n’aimais pas beaucoup les cordes, les violons. Et pourtant j’y revenais, comme pour mieux comprendre pourquoi je n’aimais pas cela, ou plutôt pourquoi, malgré cette irritation, j’aimais cela. D’une certaine manière, c’est la même chose quand on se sent proche de quelqu’un qu’on ne connaît pas, qu’on croise peu, mais régulièrement : il y a nécessairement une raison qui pourrait être analysée, mais on a beau se concentrer, cela nous échappe. Ou l’ensemble des causes est si foisonnant que l’effet balaye la raison qui s’efface derrière une impression large et prenante. La vague qui déborde la digue. Et même si ma capacité d’analyse était plus puissante, et que je pouvais analyser à la fois les particularités et l’ensemble, l’effet serait toujours sur moi le même. Il est triste d’entendre dire que l’analyse tue l’effet. Et peut-être même est-ce erroné : autre chose vient tuer l’effet. L’ennui. Ou plutôt la superficialité de la fascination première. On peut savoir jouer son morceau préféré, le comprendre, et en être toujours fasciné. C’est même une fois épuisées toutes les formes de l’appropriation que la fascination prend toute son ampleur. Au bout de la raison.

samedi 24 novembre 2018

Notes de consommation culturelle (24 nov 18)

Le Promontoire d’Henri Thomas.
Un envoûtement. Un poison lent. Une fascination du lieu précis. La foule indifférenciée, indénombrable des habitants de Lormia, à part quelques noms.
Des personnages forts, beaux, profonds.
Une écriture fouillante.
On voudrait en parler, mais on n’a rien à en dire : il faut le relire – ou simplement le garder par devers soi. Et, à l’occasion, le conseiller.

La Rue est un rêve de Claude Pélieu (Beat Generation).
Beau titre.
Foisonnant.
Cherche la belle image moderne. Cherche à renouveler le geste rimbaldien – son élan.
Le Journal-poème a quelque chose d’un peu lassant à cause de l’énumération fade. Malgré les éclairs.

Dix ans d’Action Directe de Jean-Marc Rouillan.
C’est la rencontre avec l’activiste au local de la CNT vendredi dernier qui a donné envie de lire son témoignage. Ai commencé hier, repris ce matin.
Bonne introduction par Thierry Discepolo.
Rhétorique un peu trop marquée par un vocabulaire consacré. Mais qui n’est pas tributaire d’un vocabulaire consacré ? Le propos, qui se veut ostensiblement cohérent, l’est. Pragmatique. Incisif. Bouleversant même.
Il y a longtemps sans doute qu’un ouvrage de cette importance n’a pas été publié : un témoignage d’un des principaux acteurs des mouvances radicales des années 70 et 80.
Malheureusement le silence qui lui a été imposé (Jean-Marc Rouillan a été renvoyé en prison dans les années 2000 pour une simple interview) a contribué à ce qui était recherché par là : l’étouffement des voix révolutionnaires, au profit de partis et d’organismes de compromission qui, bon gré mal gré, ont entériné un état de choses qui n’aurait pas dû avoir lieu.
Certainement ce livre portera ses fruits.

Journal d’un critique d’art désabusé de Michel Ragon.
Ce journal commence en 2009. On y rencontre les plus grands noms de l’art contemporain, surtout d’hier. Intérêt scolaire : rappelle des noms oubliés, donne vie à des noms mal connus, nourrit nos connaissances anecdotiques. Mais, pour l’instant (je l’ai commencé hier aussi), rien de saisissant. Réflexions éculées et convenues, aucune conscience socio-politique et « artisticonomique ». Mais peut-être cela va-t-il évoluer.

Meursault, Contre-enquête, de Daoud Kamel.
Ai commencé le livre de Daoud Kamel tout à l’heure. Le finirai sans doute dans la journée, ou d’ici mardi.
Le premier chapitre un peu confus. Comme une suite de fragments mal cousus.
Se concentre beaucoup sur le style de Camus. Le sien, à part dans quelques passages étranges (celui sur la ville lubrique, où une figure de vieille prostituée côtoie une énumération d’arbres - mais Daoud Kamel est passablement salace, qui a publié tout récemment un livre sur Picasso), est assez rebutant. Une oralité maladroite. Peut-être que cette première impression s’estompera au fil du livre.
Toutefois, l’idée de réhabiliter « l’Arabe » est bonne. Pédagogiquement.