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mercredi 12 décembre 2018

Note de consommation culturelle du 12 décembre 2018

Entrepris la lecture de Il Capitano di lungo corso di Robert Bazlen, acquis cet été à Trieste. Fable à l’italienne, forte. Rappelle Italo Calvino (dont Martin Rueff vient de retraduire la trilogie I nostri antenati – je ne sais pas pourquoi il ne s’est pas attaqué plutôt à Gadda). Roman à l’état de notes.
Lecture des lettres éditoriales aussi : dommage que l’édition d’Adelphi n’en présente qu’une sélection. Quelques bonnes intuitions, mais la plupart du temps, il faut bien avouer qu’il est pétri de préjugés. L’ampleur de l’incompréhension de Bataille est toujours aussi saisissante. Ce n’est pas la seule. Doit nous interroger, bien sûr, sur nos propres jugements, mais surtout sur tout jugement.

Lecture des œuvres d’Adam de la Halle (dans le texte le plus possible). Plaisir franc.

L’Histoire des Etrusques de Jean-Marc Irollo. Sur la tablette : la lecture papier serait plus agréable.

L’ère du soupçon de Sarraute. Comme un retour sur les bancs de la fac. Impression à dépasser.

Le début de Putain, assez décevant. Il faudrait pousser, mais rien que le sujet m’horripile. Peut-être faudrait-il mieux rentrer dans l’oeuvre d’Arcan avec Folle ?

Il faudrait peut-être que je cite aussi les émissions, au du moins les sujets d’émission que j’écoute durant les longues heures quotidiennes de voiture. Mais, à vrai dire, je ne sais pas ce que j’en retire. Les résumer les fixerait.

La restitution des manuscrits à l’Islande par le Danemark en 1971. De la collection d’Árni Magnússon, le Livre du roi je crois et un codex. Les noms m’échappent.

Sur Michel Foucault et La folie à l’âge classique.
Tout devrait être lu de Foucault ; lu et étudié. D’une intelligence infinie. D'une méthode impeccable.

Sur le Japon et son nationalisme. Qu’en ai-je retenu ? Cela m’a juste rappelé le sanctuaire Yasukuni. Vivre au Japon...

Une émission sur l’homme de Néandertal où l'on remet en question, notamment, l’Afrique comme « berceau de l’humanité ». On ne peut que multiplier les conjectures sur l’apparition de l’humain sur Terre, comme sur l’apparition de l’écriture : l’émergence de multiples foyers, et comme une apparition diffuse, simultanée, parallèle au moins, est celle qui plaît le plus, mais elle n’a rien de prouvé, et ne le sera sans doute pas avant longtemps.

Sur Orban, la Hongrie et le nationalisme européen. (Dans l'émission de Christine Ockrent, qu'Hervé Guibert nous apprend avoir été la "chouchou" de Michel Foucault...!). La volonté de transformer l'Europe par l'intérieur, après avoir voulu en sortir. La mise au plus mal de la vision internationaliste qui devrait être redéfinie. Pourquoi si peu de vitalité dans la pensée émancipatrice, alors que les courants fascisants sont si dynamiques ? Le capitalisme, qu'on croyait attaché à la démocratie, est en fait germinalement défini par le totalitarisme, ou le fascisme (ces termes seraient à redéfinir aussi). A noter aussi, cette histoire stupéfiante de Jarosław Kaczyński qui a remplacé son frère jumeau, assassiné semble-t-il par les Russes en 2010 (Lech Kaczyńsk), dirigeant de facto actuellement la Pologne (même s'il n'est pas le président officiel), dans un rapprochement avec les assassins de son frère !
Sur Edgar Poe. Sa vie, la vision induite par Baudelaire qu’on en a.
Sur Venise, les Tiepolo père et fils.
Sur les Nadar, dont la brouille familiale.
Sur Schiele dont les paysages ont inspiré Hundertwasser, ce que je ne m’étais, je crois, jamais formulé (mais j’ai peut-être oublié).

Et puis il y a eu le cours à préparer sur l’art médiéval : Byzance, les Mérovingiens, l’art carolingien, l’art roman, l’art gothique. Pour en finir avec l'idée que le Moyen-Âge est l'âge de l'obscurantisme.

dimanche 25 novembre 2018

Note de consommation culturelle (25 nov 18)

Continué à lire, hier, Prismes d’Adorno. Le premier article « Critique de la culture et de la société » est sans doute un des textes les plus éclairants sur la situation européenne contemporaine. « Splengler après le déclin » est non moins passionnant. Mais j’en dirai autre chose ailleurs.



Ai continué, hier aussi, Daoud Kamel. Pénible.



Pour ne pas rester sur cette mauvaise impression, j’ai lu, avant de sombrer, L’Art d’aimer de Pierre-Joseph Bernard. Poète du XVIIIe obscur. C’est léger mais pas vide.

Je me renseigne. Voltaire, sans ironie peut-être (ce qui paraît tout de même douteux), qui l’aimait bien, dit-on, lui donna le surnom de Gentil-Bernard qui lui vaut presque de pseudonyme. Après une jeunesse modeste, entre guerre et rimailles, il devint riche et s’abandonna, lis-je, à la bonne chère. À tel point qu’il en devînt gâteux et en mourut. Belle destinée.



Avant cela, j’ai regardé Come back Africa de Lionel Rogosin.

Un de ces films dont on se dit que tout le monde devrait le voir.

Un peu comme Storia d’amore e d’anarchia de Lina Wertmüller (à moins qu’on ne le souhaite que pour nos amis), ou encore la plupart des films de Fassbinder (on voudrait que tout le monde – nos amis – voit Berlin Alexanderplatz). Et d’autres qu’il est difficile de mobiliser sur l’instant.

En tout cas, c’est pour cette raison qu’il me tient à cœur de le citer dans ce journal qui devait porter, originellement, sur mes lectures, mais que je sens devoir porter sur toutes les formes de création qui m’occupent, ou, s’il faut le dire avec les termes de la société, toutes les productions « culturelles » qui me parviennent.
Je pense au livre de Martin Rueff, Michel Deguy, situation d'un poète lyrique à l'apogée du capitalisme culturel. Tout le problème est là. Décortiqué chez Adorno.



Ainsi, il faudrait aussi que j’évoque toute la musique que j’écoute. Mais n’est-ce pas alors tomber dans le vice ou la névrose de la volonté de complétude ? Qui s’ouvre comme un gouffre et un grand vide ?

Charpentier.

Mais surtout Berio. Les sequenze de Berio. Dont fut proche Amelia Rosselli. Oubliées depuis quinze ans peut-être. Comment ai-je pu oublier cela ? Qu’as-tu fait de ta jeunesse si tu as oublié cela ?

Et puis, dans la foulée d’une écoute hasardeuse, les Folk Songs (si connues), puis John Cage (In a landscape, morceau trop doucereux).

Je vois défiler des noms d'une vie engouffrée. Schnittke. Découvert en butinant par hasard dans le bac de la musique contemporaine d'une médiathèque – avant Internet. Schnittke qui enfonçait dans la nuit la plus noire. Sans oser le réécouter, quinze, dix-sept ans plus tard. Je n’aimais pas beaucoup les cordes, les violons. Et pourtant j’y revenais, comme pour mieux comprendre pourquoi je n’aimais pas cela, ou plutôt pourquoi, malgré cette irritation, j’aimais cela. D’une certaine manière, c’est la même chose quand on se sent proche de quelqu’un qu’on ne connaît pas, qu’on croise peu, mais régulièrement : il y a nécessairement une raison qui pourrait être analysée, mais on a beau se concentrer, cela nous échappe. Ou l’ensemble des causes est si foisonnant que l’effet balaye la raison qui s’efface derrière une impression large et prenante. La vague qui déborde la digue. Et même si ma capacité d’analyse était plus puissante, et que je pouvais analyser à la fois les particularités et l’ensemble, l’effet serait toujours sur moi le même. Il est triste d’entendre dire que l’analyse tue l’effet. Et peut-être même est-ce erroné : autre chose vient tuer l’effet. L’ennui. Ou plutôt la superficialité de la fascination première. On peut savoir jouer son morceau préféré, le comprendre, et en être toujours fasciné. C’est même une fois épuisées toutes les formes de l’appropriation que la fascination prend toute son ampleur. Au bout de la raison.