jeudi 4 février 2016

Amelia Rosselli ~ Journal obtus | Diario Ottuso || Esperimenti narrativi | Expériences narratives

Nous proposons ici une traduction inédite
de la dernière partie de Diario Ottuso (Journal Obtus)
publié en 1990 par Amelia Rosselli
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Il s'agit d'un des textes théoriques majeurs de la poétesse italienne.
Il a été publié dans le numéro spécial de la revue multilingue Scree
paru à l'occasion de la commération des 20 ans de la mort de Rosselli.
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D'autres extraits importants de Diario Ottuso / Journal Obtus sont accessibles à l'adresse suivante :
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Esperimenti narrativi | Expériences narratives 

Comparer différentes proses courtes, de différentes époques – alors qu'au contraire l'attention était portée surtout sur l'écriture de poèmes – a été l'intention de ce livre.
« Premières proses italiennes » est un texte court de 1954, et a un titre un tantinet ironique. Mais il s'agissait vraiment de la première fois que j'écrivais en italien, en prose non scientifique ou simplement non fictionnelle et rationnelle. Et il y avait aussi l'intention d'éviter la prose poétique, et l'influence, entre autres, de Dino Campana était forte. Le texte est bref, en quelque sorte inspiré : et il a été inspiré, justement, par le Tibre, près duquel je vivais. En partie il a été écrit hors de chez moi, en marchant, et donc écrit à la main ; ou alors c'étaient des notes que je prenais mentalement et ensuite je retranscrivais cette écriture mentale, une fois chez moi. Je crois pourtant d'être parvenue, il y a très longtemps en 1954, à éviter (comme la peste), la typique écriture dite « prose poétique », si commune à l'époque. Ce texte voudrait avoir la tendreté de la poésie de Scipione, et ainsi éviter le dramatique Campana.
Naturellement il s'agit d'une réimpression, le texte est extrait du livre Premiers écrits (1952-1963) publié chez Guanda en 1980.
Pour « Note », publié à la fin des années soixante-dix dans le revue « Autobus » n.0/1, dirigée par Giorgio Manacorda, les dates et les intentions sont moins simples. Ce sont des textes écrits à moitié à la main, et l'autre à la machine, et avec une intention peu claire : on le voit aux dates (1/1/67 ; 25/3/67 ; 12/1/68 ; 30/12/68). En obtenant cependant – à travers cette pratique de la prose, en écrivant dans le train, ou assise dans un café esseulé, ou au contraire devant la machine à écrire – une unité involontaire. En fait quelques passages, d'environ une page et demi presque tous les cinq (et cela par hasard), étaient autre chose qu'une pratique de l'écriture, notes retranscrites dans des lieux différents et à des époques parfois lointaines. C'est une prose difficile, intérieure autant que la poésie, mais qui voudrait refléter comme un miroir incurvé, le rationnel. Je l'ai lue en public une fois, au lieu de lire des poèmes et l'attention était peut-être plus importante. Les cinq passages furent ensuite choisis par Spagnoletti, comme prose errante dans le livre qu'il a édité, Antologia Poetica (Garzanti 1987).
Dans un sombre automne-hiver de la pensée, j'écrivis Journal obtus, qui est de 1968, et que j'aurais voulu être le début d'une autobiographie possiblement très peu biographique. Je tentai un style brut et simple, plus tard appelé « sauvage ». Le premier chapitre devient ensuite une espèce de mini-roman, parce que la conclusion était plutôt sur un ton philosophique, et qu'elle me paraissait douloureusement suffisante. Ayant évité l'autobiographie, autant qu'il était possible alors en poésie, ce texte « pauvre » en revanche l'admettait, avec quelques coupures, pour ne pas laisser reconnaissable d'idéals « maîtres », d'idéal « frère », et d'« ambiance culturelle » romaine. Pour le reste le titre et le texte parlent d'une adolescence difficile et tardive ; d'où le style un peu ridicule, et les conclusions négatives.
Journal obtus je le gardais jusqu'à sa publication sur la jolie et petite revue romaine « Braci » n.7 (1980), comme mon seul texte intime et que je n'ai pas encore tout à fait compris.
Des trois textes est évident que ce qui m'attirait était l'expérimentation en prose : il est également vrai et probable qu'on dit davantage en prose qu'en poésie, souvent maniériste et décorative.

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