vendredi 16 janvier 2015

Livre-objet et critique de la valeur

Fin de l'appel à contributions pour le livre sur l'érotisme. Tout reste à faire : un gros travail de mise en page, puis d'impression (au Cagibi), puis de reliure.
Il faudra trouver un vrai titre aussi.
Avec les copains du Cagibi, on a quelques bonnes idées pour fabriquer un nouvel objet-livre original.
Les contributions ont été si nombreuses que cela va peut-être poser problème : pourra-t-on tout intégrer dans un seul volume, ou faudra-t-il en réaliser deux ?

Mais c'est une autre question que je me pose depuis que, n'ayant plus aucune source de revenu, je pense à faire de la micro-édition – ou plus généralement de l'activité artisanale de type « art & craft » – un moyen de subsistance :
quel schéma économique adopter ?

C'est « la nouvelle critique de la valeur » qui apporte les outils théoriques les plus stimulants pour y répondre.
Quelques lectures en guise d'introduction :
- Le caractère fétiche de la marchandise et son secret de Karl Marx (il s'agit d'un sous-chapitre de la première partie du Capital) est le texte à partir duquel se fonde toute les réflexions ;


- Les Aventures de la marchandise, sous-titré Pour une nouvelle critique de la valeur de l'excellent Anselm Jappe qui est le texte de référence présentant ce mouvement (encore méconnu mais qui a déjà 20 ans peut-être) de manière pédagogique et complète.


On peut y lire : « Il ne faut pas un grand effort mental pour demander une distribution différente de l'argent ou davantage d'emplois. Il est infiniment plus difficile de se critiquer soi-même en tant que sujet qui travaille et qui gagne de l'argent. » (p.21)
Puis : « La critique de la valeur est une critique du monde qui ne permet pas d'accuser de tous les maux du monde ''les multinationales'' ou ''les économistes néolibéraux'' pour continuer sa propre existence personnelle dans les catégories de l'argent et du travail sans oser les mettre en question par crainte de ne plus paraître ''raisonnable''. » (p.22)
Il s'agit de comprendre tous les enjeux de la posture qu'on veut adopter afin de l'adapter en conséquence. Notamment sur notre prétention à détourner (de manière que l'on voudrait « situationniste ») les schémas économiques traditionnels en possibilités de subsistance efficaces, mais sans concession.
J'y reviendrai plus en détail le plus vite possible. Mais pour donner une idée de la question principale, nous pourrions la formuler (à notre stade) ainsi :
est-ce véritablement une alternative que de se réclamer de l'artisanat pour vendre ce qui reste des marchandises ? N'est-ce pas juste une caution morale et donc une illusion quant à notre volonté de mettre en place un autre système de production et d'échange ? Bref : n'est-ce pas une erreur, ou pire, n'est-ce pas hypocrite ? Et, dans ce cas, quelles seraient les autres solutions ?
Tout changement dans la productivité du travail affecte la valeur des marchandises (car c'est un autre temps de travail socialement nécessaire qui est en jeu), mais peut-on échapper à la valeur d'échange qu'implique toute commercialisation ?
Par son refus même de vendre (en dehors du cadre confidentiel des salons spécialisés), Le Cagibi échappe à cet écueil (même si d'autres, par ailleurs, nous guettent). Mais, encore une fois, comment faire alors pour vivre convenablement en ville (car pourquoi devrait-on être nécessairement refoulés à la campagne, dans une forme inverse de l'exode rurale des XIXe et XIXe siècles comme on peut le constater) ?
Je sais que ce sont des préoccupations similaires qui intéressent bon nombre de « Minesweepeux » (je pense notamment à Kevin Seven, Camden McDonald, Andrew et Niccolo Bruni). J'espère que nous aurons l'occasion, à Londres mais aussi à Lille, de traiter cette question de front, et avec tous ceux, même extérieurs au collectif, que cela intéresse.